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mardi 2 février 2010

L'éphémère imposture

Andromède

Il y a une grande imposture sous-jacente sur Internet : On y trouverait tout ce qu'on veut sans avoir à bourse délier, pour peu qu'on soit prêt à s'asseoir sur ses scrupules, sa morale, son éducation, ses principes voire même autrui. Certains utilisateurs sont d'ailleurs totalement dénués de l'un ou l'autre de ces comportements moraux et peuvent donc tranquillement rester assis sur leurs séants.

La gratuité ne se résume pourtant pas à un simple critère financier. Il faut payer de sa personne pour tenter d'atteindre un objectif. Le résultat n'est pas toujours là, mais au moins a-t-on la satisfaction d'avoir tenté sa chance. Dans le même temps, si on prend la peine de se poser ne serait-ce que 30 secondes, on prend conscience que rien n'est immuable. Assis sur nos chaises, l'univers dans son intégralité change en permanence. Au moment où nous nous relevons, tout, absolument tout, a changé autour de nous, de la plus infinitésimale poussière jusqu'à la galaxie la plus gigantesque. Certaines étoiles âgées de millions d'années se sont éteintes, tandis que naissait un éphémère (pas tant que ça si l'on voit à quelle époque ils sont apparus) dont l'espérance de vie sous cette forme ne dépasse pas une journée, faute de pouvoir assouvir ses fonctions corporelles essentielles.

Il en va de nos échelles de valeurs comme de l'univers: Elles changent, Certains d'entre nous se laissent étourdir par ce tourbillon incessant, alors que d'autres luttent pour conserver ce qu'ils pensent acquis. les conservateurs sont perdus, les progressistes essaient de se raccrocher aux branches. Le risque, c'est de laisser en marge une grande partie de nos congénères, que d'aucuns se chargeront de récupérer à des fins mercantiles.

Dans cette valse, le logiciel libre et la culture libre sont des éléments d'entraînement, une sorte de tapis roulant qui nous contraint à nous adapter en permanence, à rechercher de nouvelles prises, que nous lâcherons encore, pour en chercher d'autres auxquelles nous accrocher. C'est une remise en cause permanente qui nous maintient dans le rythme de l'univers qui nous entoure. C'est un fait que nous acceptons parce que nous savons que la vie est faite de probabilités, pas de certitudes. Le premier pas, c'est celui de se dire qu'il existe une alternative à ce qu'on nous propose tout cuisiné. Le logiciel libre est une cuisine, le logiciel propriétaire un plat cuisiné. Cuisiner se mérite, ouvrir une boîte de conserves non. Le logiciel libre arrive à suivre, emporté par son mode de développement, son accès immédiat et sa disponibilité. Que serait aujourd'hui le Web sans les technologies libres et ouvertes ? S'il avait fallu faire l'iPhone sans Mach ? Où serions nous sans Html et Http ?

Ce n'est donc pas un hasard si les logiciels libres et la culture du partage sont largement à l'origine du Web. Ils sont inhérents à la culture du Web, et au-delà, de tout Internet. Le logiciel libre a façonné le Web et lui a donné ses lettres de noblesse et son caractère bouillonnant. Les acteurs qui en font le choix et les déploient sont parfois imbibés de cette culture de la collaboration, du partage et de l'ouverture, et ce comportement transpire en permanence, même dans des services propriétaires : Facebook n'a-t-il pas fait appel à ses utilisateurs pour traduire son application, plutôt que de le faire lui-même ? Combien de temps et d'argent aurait il fallu pour faire traduire les milliers de chaînes de caractères de ce service sans recourir au partage ?

Et pourtant, une question réapparaît de manière incessante (aurait on enfin inventé le mouvement perpétuel) : Les logiciels et systèmes libres sont ils prêts pour le Grand Public ? Mauvaise question. La bonne question est : Le Grand Public est il prêt à s'emparer des logiciels et systèmes libres ? Les logiciels libres sont construits sur un modèle simple : Offrir le maximum de liberté à l'utilisateur, et lui permettre d'entrer dans la danse. Mais, il n'offre pas celle de penser que tout va arriver tout prêt sans effort. Pour ceux d'entre nous qui avons travaillé sur des projets en entreprise, la grande question des décideurs est souvent : "Et mes utilisateurs ? Ils vont s'y faire à votre truc ?". La question peut être valide dans une entreprise : Une mauvaise gestion du changement et c'est une perte de chiffre d'affaire sèche pour la boîte, Les entreprises mettent donc en place, lorsque c'est nécessaire, des projets de gestion du changement.

Avec le Grand Public, on ne parle pas d'entreprise, ni de productivité, ni de perdre quoi que ce soit, en dehors de repères vaporeux, qui disparaîtront de toute manière avec le reste de l'univers tel que nous le connaissons, pour laisser place à un autre univers, avec de nouvelles constellations, de nouvelles chaises, de nouvelles poussières, de nouvelles idées, des aspirations différentes et de nouveaux échanges. L'essentiel n'est alors plus que d'avoir le choix en toutes circonstances. Rien n'est imposé, tout est proposé, avec les bons arguments. Cette logique en contradiction avec les lois du marché (je t'emmène là où ma marge est la plus importante pour maximiser mon profit) est en contradiction avec l'intérêt du consommateur (je veux aller là où mon besoin est satisfait, et pas là où on m'explique que j'ai un besoin sans le savoir.

Si le grand public n'a pas le tort de ne pas utiliser les systèmes et logiciels libres, il a en revanche celui de ne pas s'y intéresser. Parce qu'il faut rester réaliste : Le Libre couvre ses besoins. Et lorsqu'on s'y intéresse, on prend conscience (sans que personne n'ait besoin de vous bourrer le mou), que seule cette alternative existe dans l'intérêt des utilisateurs seuls. Pas besoin d'imposer, le choix s'impose de lui-même lorsqu'on y fait attention, celui de faire ce que l'on souhaite faire et pas ce que l'on nous propose de faire. Mais souhaiter demande un effort, alors que suivre est une action passive. Du reste, la passivité n'est elle pas une forme de souffrance ?

Alors soyons impurs ! Violentons sans violence nos congénères, agressons les pacifiquement, ramenons les à leur réalité qui n'est pas celle des vendeurs d'illusion, mais plutôt celle de l'homme libre. Cette violence sera de toute manière moins épuisante et moins traumatisante que d'autres qu'on essaie de lui asséner sans même qu'il ne s'en aperçoive, ou celles qu'on présente sous couvert de protection. Encore faut il que nos congénères en prennent conscience...

Crédit photo : Madmiked sous licence Creative Commons BY-SA

mardi 20 octobre 2009

Ceci n'est pas une publicité

Certains auront peut-être remarqué dans le pied de page de ce site, la mention Site sans Pub. Et en même temps, un coup d'oeil sur le bandeau à gauche offrira à vos yeux émerveillés un joli message à caractère informatif (flash et Minitel 2.0 inside).

  • L'esprit chagrin y verra de la publicité, une réclame comme une autre pour un combat, un certain point de vue.
  • Le pessimiste se dira : "À quoi bon ? C'est déjà perdu !". L'optimiste continuera le combat, parce que c'est juste, ou juste parce que c'est fun.
  • L'affirmatif n'en démordra pas : "C'est d'la pub et pis c'est tout !"
  • L'ampoulé quittera immédiatement la page, boursoufflé de son irrépressible envie d'affirmer qu'on ne l'y reprendra plus à lire de tels mensonges : "Comment oser revendiquer l'absence de publicité alors que trône ici cette annonce nauséabonde d'une œuvre qui ne saurait être considérée comme telle ? Quelle prétention !" (Je ne vous le fais pas dire cher ampoulé ! )
  • Le bourru grommellera ses borborygmes comme à son habitude : "Grmmbll Grmmmblll ! " (Note du traducteur : Euh, là je ne vois pas, désolé.)
  • Le caustique assènera : "Alors mon garçon, on renie ses principes ? Héhé..." (Comment sait il que je suis un garçon (ou pas) ? )
  • Le délinquant s'empressera de retourner à son VPN.
  • Le gâteux se demandera s'il n'a pas raté un cours d'histoire dans sa jeunesse : "Hadopi, c'est avant ou après la bataille de Gergovie ? "
  • L'incorruptible dira : "Non, je ne cliquerai pas sur ce lien (enfin, pas devant tout le monde).
  • L'inculte pensera à son estomac : "Hadopi ? Tiens, Panzani a encore changé de nom."
  • L'indélébile (sous entendu le crétin) s'égosillera : "Tu n'as qu'à faire là où on t'a dit de faire."
  • L'interlope s'interrogera : "Oui, peut-être, quoique, faut voir" en affirmant que si...ou que non, selon le contexte (Mais on doutera toujours du si ou du non).
  • Le méthodique écrira tout : "Alors, d'abord, lire le billet, puis cliquer sur le lien, puis lire le nouveau billet, puis ouvrir un nouvel onglet, puis rechercher le sujet, puis rédiger un rapport avec thèse anti-thèse, synthèse...". Dans 10 ans, il y sera encore, et le livre aussi, parce que c'est libre.
  • Le philosophe philosophera : "Kant / Engels / Nietzsche (rayer les mentions inutiles) aurait dit : "Tant va la cruche à l'eau, qu'à la fin elle se casse." (Je ne suis pas certain de l'auteur, sur le coup).
  • Le syndical hurlera : "Camaraaaaaaaaaaaaaaaades, on vous ment, on vous spolie, le patronat esploite le prolétariat. (Oui, mais ça n'a rien à voir avec la choucroute). Le syndicaliste : "On s'en fout, c'est pour occuper le terrain."
  • Le Suédois s'exclamera : "Vi är med dig"
  • Le visionnaire s'est déjà trompé.

S'il ne doit en rester qu'un, ce sera le responsable (définition dans laquelle on trouve les ministres :-/ ). Et je serai parmi ceux-là. Parce qu'au delà de faire de la publicité pour un ouvrage, je pense avant tout à l'avenir de mes enfants.

Ceci n'est pas une publicité, c'est un soutien.