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jeudi 3 juin 2010

Logiciel libre au Québec : Victoire de David contre Goliath

Le 13 mars 2008, Savoir Faire Linux, société de services québécoise dépose une requête devant un tribunal québécois, afin de faire déclarer que la Régie des Rentes du Québec[1] a agi illégalement en ne procédant pas à un appel d'offres, lié au renouvellement d'un parc de logiciels, comprenant systèmes d'exploitation et logiciels bureautiques destinés à ses employés. Savoir Faire Linux reproche tout simplement à cette régie d'avoir fait un choix a priori, notamment sans faire intervenir le marché et le potentiel du logiciel libre dans ces domaines.

La Cour Supérieure de la Province du Québec vient de donner raison à Savoir Faire Linux, en confirmant l'illégalité de la procédure utilisée par la Régie des Rentes du Québec ainsi que l'obligation pour cette structure gouvernementale de procéder à un appel d'offres pour ce type de marché. Cette décision n'a pas d'impact sur la décision de la Régie et n'annule pas le marché passé avec Microsoft et son fournisseur. En revanche, elle confirme que les petits[2] peuvent obtenir des victoires contre les géants[3].

Par ailleurs, dans son jugement, le tribunal énonce un certain nombre de faits pouvant amener d'autres autorités québécoises à se poser des questions lors de leurs appels d'offres. Notamment, le jugement est fondé sur un principe simple de la réglementation québécoise en la matière : Le principe sur ce type de marché est l'appel d'offres qui proposent toutes les garanties de transparence au citoyen dans l'utilisation de l'argent public[4]. Par exception, les structures gouvernementales québécoises peuvent utiliser une autre procédure, sous plusieurs conditions, l'une d'entre elles et non la moindre étant l'obligation d'une recherche sérieuse et documentée. Or dans cette affaire, la Régie a été incapable de démontrer par une quelconque étude que seule Microsoft pouvait répondre à son besoin. Qui plus est, le tribunal relève que "l'examen de la documentation démontre que chacune des solutions logiciels libres et propriétaires comporte des avantages, désavantages et incompatibilités à surmonter". Cet argument balaie de fait le confort supposé qu'il y a à passer d'années en années à ces versions supérieures de logiciels d'un même éditeur, en l'occurence Microsoft[5]. Au contraire, le tribunal relève qu'il s'agit d'une migration et non d'une mise à niveau, tant les produits cible sont éloignés de ceux qu'il sont censés remplacer.

Cette décision fera, on l'espère pour eux, jurisprudence chez nos cousins d'outre-atlantique. Un grand bravo à David !

NB : Ironie de l'histoire, Savoir Faire Linux est aussi Partenaire certifié Microsoft.

Toute l'histoire est relatée depuis mars 2008 sur le blog de Cyrille Béraud, fondateur de Savoir Faire Linux. Vous pourrez notamment y trouver une copie du jugement (PDF).

Notes

[1] Organisme gouvernemental québécois administrant les rentes, les régimes complémentaires de retraite et le un programme de crédit d'impôt

[2] Savoir Faire Linux est une entreprise de 25 personnes

[3] Au tribunal, outre la Régie elle-même, Microsoft et son fournisseur étaient représentés contre Savoir Faire Linux

[4] Ce qui est la moindre des choses

[5] L'objet du projet était de faire passer des postes de travail vers Windows Vista et Office 2007

jeudi 27 mai 2010

Assurez la promotion des RMLL 2010

RMLL_2010_AFFICHE.png

Affichage

Si vous disposez d'un blog ou d'un site web, d'un espace d'affichage (ailleurs qu'au dessus-de votre lit), il est possible pour vous d'assurer la promotion des prochaines Rencontres Mondiales du Logiciel Libre.

L'affiche est disponible et téléchargeable sur le site (PNG et PDF A3 et A4). Si vous avez besoin de volumes, une demande peut être faite. L'un de nos partenaires prend en charge l'impression d'un nombre conséquent d'affiches aux formats A3 et A4. Le fichier source vectoriel SVG est également disponible et sous licence libre Art libre, pour ce qui a été produit par l'organisation de la manifestation. Cela exclut donc évidemment les logos des applications et des partenaires qui leur appartiennent. En utilisant le fichier source (multilangue français/anglais), vous pouvez produire tous les formats souhaités (Si vous avez des plans pour de l'affichage en 4x3 partout en France, contactez nous LOL )

Pour les téléchargements et les demandes, c'est par là que ça se passe.

Bannières web

Si vous disposez d'un espace web, vous pouvez y afficher une des bannières. Elles sont existantes en divers formats, y compris les stickers web (assez sympa, non?) Les bannières et stickers, c'est par ici.

jeudi 29 avril 2010

Ubuntu 10.04 est arrivée

Ubuntu 10.04, dénommée Lucid Lynx est désormais officiellement disponible en version stable. Cette version est une LTS (Long Term Support), dont la durée de vie est de 3 ans pour les postes de travail et 5 ans pour les serveurs. Outre Ubuntu, basée sur l'environnement de bureau Gnome, la famille Ubuntu est également composée de Kubuntu (LTS également, utilisant l'environnement de bureau Kde), Xubuntu (utilisant l'environnement de bureau XFCE), Edubuntu (spécialement dédiée au monde de l'éducation), Mythbuntu (dédiée au Home Cinema) et Ubuntu Studio (spécialement conçue pour la création graphique et sonore).

Une mention spéciale pour Ubuntu Netbook Edition (anciennement Ubuntu Netbook Remix) et son interface spécialement étudiée pour les netbooks. Je vous invite à l'essayer sur votre portable, même s'il ne s'agit pas d'un netbook, tellement cette édition propose une navigation intéressante. Personnellement, je ne m'en passe plus.

Toutes ces versions peuvent être téléchargée sur leurs pages respectives :

Télécharger Ubuntu
Télécharger Kubuntu
Télécharger Xubuntu
Télécharger Edubuntu
Télécharger Mythbuntu
Télécharger Ubuntu Studio
Télécharger Ubuntu Netbook Edition
Télécharger Ubuntu server

Il est également possible de commander une version intégralement francisée d'ubuntu. Cette version est préparée par les contributeurs d'Ubuntu-fr. Si vous êtes un adepte de Kde, tentez aussi l'expérience de Kubuntu Netbook Edition.

Enfin, si vous êtes dans la région bordelaise, Giroll organise le 15 mai prochain une Lucid Party. Venez y faire installer / mettre à niveau votre version, ou y rencontrer l'équipe d'organisation des prochaines Rencontres Mondiales du Logiciel Libre. Giroll est partenaire des RMLL 2010.

mardi 20 avril 2010

Quand l'INPI s'oppose au libre

contrefacon_censure.pngLa Cité des Sciences et de l'Industrie de Paris propose depuis aujourd'hui une exposition intitulée « Contrefaçon : la vraie expo qui parle du faux ». Cette exposition sur la propriété intellectuelle, dont un des partenaires n'est autre que l'Institut National de la Propriété Industrielle, a sur le papier des intentions pédagogiques. On pourrait s'attendre à ce que le libre, ses immenses vertus et sa reconnaissance sans faille de cette même propriété intellectuelle y soit représenté, à tout le moins évoqué. C'était prévu. C'était...

L'INPI n'a rien trouvé de mieux que de demander à la CSI de censurer le peu d'informations présentant la culture libre. Vision limitée donc à un environnement propriétaire, pour le coup totalement éloigné de la vision libre et de ses valeurs, en commençant par le droit à l'expression. Vous trouverez toute l'histoire sur Transactiv.exe.

Personnellement, je n'en reviens toujours pas o_O

L'image est sous double licence (à votre convenance) Art Libre et Creative Commons BY. Source svg

mercredi 7 avril 2010

OOXML : Quand l'ISO se plante dans les grandes largeurs...

...aux dépends des utilisateurs.

ooxml-iso.jpg

En 2008, l'ISO, organisme de normalisation, donnait sont quitus au format Office OpenXML[1] (OOXML) de Microsoft, en lui offrant le doux nom de norme ISO/IEC 29500. Autrement dit, OOXML devenait un format bureautique ouvert au même titre qu'OpenDocument. Du moins Microsoft obtenait elle un quitus très virtuel, puisqu'au jour du vote, personne au monde n'avait vu la norme définitive, aussi éloignée du format initial de Microsoft qu'un œuf peut l'être d'un bœuf.

C'était en 2008, autant dire une éternité à l'échelle de l'évolution des technologies numériques. Nous sommes en 2010, et aujourd'hui, aucune application de Microsoft n'utilise la norme ISO, telle que votée en 2008. La page de Wikipédia est notamment erronée sur ce point : Les applications Office de Microsoft actuelles n'implémentent pas cette norme, les .docx, .xlsx et .pptx produits par Microsoft Office actuellement ne respecte pas le format normé. Qui plus est, ce n'est pas près d'arriver. Alex Brown, organisateur du sous-comité de normalisation et l'un des plus fervents supporters de Microsoft pendant le processus de revue du format, descend en flèche le comportement de Microsoft : Selon lui, Microsoft ne respecte pas son engagement d'adopter la version normée du format, Office 2010 étant massivement basé sur la version initiale du format, qui n'a plus rien à voir avec la norme. Le format n'est par ailleurs pas maintenu, les irrégularités du format pointées lors de la procédure de révision n'ont pas été adressées, le groupe de travail est largement en sommeil. Par ailleurs, l'ECMA, organisme européen de normalisation qui a largement assuré la promotion du format de Microsoft auprès de l'ISO, semble avoir suspendu toute action proactive d'amélioration du format, en ne laissant en place que quelques experts nationaux sur le sujet.

Le futur pour Microsoft, c'est Office 2010. Or celui ci se révèle actuellement incapable de passer avec succès les tests basiques de validation de la norme. Cet état de fait provient, selon Brown, de l'absence de maintenance de la norme. Voire l'adoption de la norme dans les années à venir pourrait révéler de nombreux autres problèmes aussi bien dans les documents produits, que dans la spécification elle-même. La plupart de problèmes identifiés lors des tests par Brown avaient déjà été relevés lors de la procédure de révision qui a précédé l'adoption de la norme.

Cette situation ne peut qu'atteindre un peu plus l'ISO, dont le crédit avait déjà été largement entamé par l'adoption de la procédure rapide [2], mais également par l'adoption même de la norme sur fond d'irrégularités de procédures et de soupçons de corruption. Surtout, cette situation se fait aux dépends des utilisateurs, dont certains sont certainement persuadés qu'en utilisant MS Office, ils sont capables de produire un format normé et indépendant. Or, on voit bien qu'il n'en est rien; je ne serais par ailleurs pas surpris que MS profite de la confusion régnant autour du nom du format[3] pour en faire un argument de vente.

Évidemment, Microsoft ne pouvait pas rester insensible à cette attaque en règle. C'est Doug Mahugh, évangéliste technique de Microsoft, qui présente les intentions de MS sur le futur du format et de ses propres produits : MS Office 2010 ne peut supporter le format normé pour des raisons logistiques et à cause des contraintes de temps[4]. Office 2010 ne produira donc que le format dit "Transitional", là où la norme répond au format "Strict". Autrement dit, point de normalisation pour Office 2010. Selon Mahugh, Microsoft ne pouvait tout simplement pas se conformer au format normé avec Office 2010, la roadmap de l'application étant déjà fixée au moment de l'adoption de la norme[5].

Par ailleurs, Mahugh avance le nombre très important de modifications à réaliser dans la norme après son adoption, rendant impossible son intégration dans Office 2010. Sans pour autant identifier que ce nombre très important de modifications vient essentiellement de la qualité de la spécification initiale de Microsoft, et que l'effort nécessaire à la production du format normé après la procédure de révision provient de l'utilisation de la procédure de révision rapide souhaitée par Microsoft.

Résultat, dans Office 2010, seule la lecture de la norme stricte devrait être possible. Autrement dit, MS renvoie à d'autres la production des fichiers à la norme, et aux calendes grecques son propre support en écriture, via un service pack, voire une intégration sous Office 15, version majeure devant suivre Office 2010. Comme toujours, les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent.

Pour les utilisateurs, ce format reste donc aujourd'hui un réel danger. Non seulement les documents produits avec Office 2010 ne sont pas compatibles avec les versions précédentes (et inversement), mais ils ne sont pas non plus compatibles avec les versions futures de MS Office. La situation ne peut donc être pire pour ceux qui au quotidien utilisent ces logiciels. Je n'ose même pas parler d'interopérabilité, cet obscur objet du désir pour quelques geeks bornés, dont quelques éminents spécialistes n'ont cesse de dire que l'utilisateur s'en fout.

Que faire alors ? Fuir les .docx, .xlsx; .pptx et autres formats de Microsoft et produire au format OpenDocument, format également normé, mais aussi maintenu et supporté par de nombreuses applications, dont Office 2007.

Plus d'infos sur NOOXML

Notes

[1] Cette page de wikipédia présente à l'heure actuelle de nombreuses fautes, je vous invite à lire la page de discussion

[2] dite Fast-track

[3] La norme porte le même nom que le format de fichier Microsoft non normé, tel qu'il est produit par exemple par MS Office 2007, alors que les formats des fichiers sont très éloignés

[4] C'est certain, 2 ans, c'est très court pour se mettre en ligne avec ses propres engagements :-/

[5] Évidemment, Microsoft ne pouvait pas le savoir à ce moment là -_-

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